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"Les méditations de D. Halévy sur l’histoire"

Philippe Ariès, Revue française de l’Elite, 25 juillet 1948

- Cet extrait d’un texte de Philippe Ariès à mi chemin de l’article et de la note de lecture permet de se faire une idée des lectures de l’historien dans l’après guerre. Responsable d’un service de documentation, Philippe Ariès n’appartient pas à la communauté des historiens professionnels et il livre alors sa production, dans des publications proches des sociabilités de l’Institut comme la Revue française de l’Elite. L’essayiste Daniel Halévy (1872-1962) est avec le philosophe Gabriel Marcel l’une des personnalités qui a le plus marqué Philippe Ariès.

Début de l’article

« Alexandre ne croyait pas travailler pour ses capitaines, ni ruiner sa maison par ses conquêtes. Quand Brutus inspirait au peuple romain un amour immense de la liberté, il ne songeait pas qu’il jetait dans les esprits le principe de cette licence effrénée par laquelle la tyrannie qu’il voulait détruire devait être un jour rétablie plus dure que sous les Tarquins ; quand les Césars flattaient les soldats, ils n’avaient pas dessein de donner des maîtres à leurs successeurs et à l’Empire. En un mot, il n’y a point de puissance humaine qui ne serve malgré elle à d’autres desseins que les siens ! » C’est sur ces réflexions que Bossuet terminait son Discours sur l’histoire universelle. Il lui importait de souligner dans la série des événements une causalité qui échappait à la volonté et à la connais- sauce des principaux acteurs de ces événements. A l’aveuglement des desseins humains, il opposait « la suite réglée » du déroulement de l’histoire.

Il est utile d’avoir présents à la mémoire les principes de Bossuet, quand on lit l’admirable Essai sur l’accélération de l’Histoire, où Daniel Halévy a réuni les« Méditations sur l’Histoire universelle » d’un homme de notre temps. Je dis bien : méditations, et non pas discours, comme dans la langue du XVIIe siècle. Et c’est là une première différence. De Bossuet à Halévy, l’Histoire universelle a glissé du genre oratoire à un genre contemplatif. Les siècles n’apparaissent plus dans l’ordre qu’aimaient y retrouver les contemporains de Louis XIV. Nous ne pouvons plus concevoir, comme Bossuet, « un abrégé où l’on voit comme d’un coup d’œil tout l’ordre des temps ». Le passé ne dévoile que partiellement. Il y a des trous d’ombre, et puis des éclairs, des éclatements. Un homme du XVIIe siècle ne s’arrêterait pas à ces discontinuités de la durée. Elles lui semblaient secondaires. Les méditations de D. Halévy placent au contraire ces discontinuités au centre de l’Histoire universelle (...)".

Philippe Ariès.

Suite de cet article

La suite de cet article de Philippe Ariès se trouve dans La Revue française de l’Élite (n° 10, 25 juillet 1948). Philippe Ariès y rend compte de l’Essai sur l’accélération de l’Histoire de son ami Daniel Halévy paru en 1948 chez Self qui était aussi le premier éditeur de l’Histoire des populations françaises.
Cette note de lecture permet de voir comment travaillait l’historien Philippe Ariès. Les réflexions qu’il livre ici ont nourri des chapitres du Temps de l’Histoire qu’il rédige entre 1946 et 1951.

Auteur Guillaume Gros - mis en ligne le 7 juillet 2008 - réactualisation : 9 janvier 2017


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