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Images de l’homme devant la mort (1983)

Images de l’homme devant la mort, Seuil, Paris, 1983, 280 p. (24 cm x 31 cm).

- Après l’ouvrage méthodologique, Essais sur l’histoire de la mort en Occident du Moyen Age à nos jours (1975), et sa belle fresque L’Homme devant la mort (1977), Philippe Ariès donne un prolongement à ses recherches sur la mort en publiant Images de l’homme devant la mort. Ouvrage coproduit avec son épouse - dotée d’une formation en histoire de l’art - qui, dans les années cinquante l’a initié, à la lecture de l’image. Primerose Ariès, très malade pendant la réalisation de l’album, s’éteint juste avant sa publication et son mari lui rend un hommage très émouvant lors de la présentation des Images de l’homme devant la mort sur le plateau télévisé de l’émission littéraire « Apostrophe » le 28 octobre 1983.

Indissociable de l’ Homme devant la mort , cet album est l’aboutissement d’une démarche méthodologique fondée sur l’utilisation des images depuis les recherches sur l’ Enfant et la vie familiale  : « Organisant en une subtile polyphonie les attitudes individuelles et collectives depuis la préhistoire, s’appuyant de façon exclusive sur des séquences d’images, il compose, à la manière des cinéastes qu’il admire, un portrait visuel saisissant des rapports entre l’homme et la mort en Occident . » [4e de couverture]

Un livre caméra

Lors de la parution de l’album, Philippe Ariès le présente comme « un livre caméra » indiquant qu’il a accompagné la « bande-images d’une bande-texte comme on synchronise le son et la photo ». Cet usage dynamique du texte permet à l’image de conserver toute sa richesse : « L’image exprime avec plus de densité ce que filtrent les mots. Dans l’image persistent et bougent ce qu’écriture et théorie, vite figées, ne rendent que par des silences, des maladresses ou des excès d’harmonie. » [Entretien avec Jean-Maurice de Montremy, « La puissance de l’image », La Croix, 29 octobre 1983]

Le contenu de l’album

Images de l’homme devant la mort comprend plus de 400 documents d’Europe et d’Amérique. Fidèle à sa méthode, l’historien a constitué un panel très éclectique avec des œuvres d’art célèbres, des monuments et des sites afin de percer la relation de l’homme, au cours des siècles, avec sa façon de représenter la mort :

« le cimetière, le tombeau avec ses attributs et ses métamorphoses (l’épitaphe, le gisant représenté mort ou vif, le priant, le portrait), la mort privée ou publique, le squelette, les pompes funèbres, le purgatoire, l’au-delà, la réincarnation, la tentation du néant, la mort de l’autre et le grand émoi romantique… » (4e de couverture)

Extrait : La mort et l’icône (introduction)

« La mort est iconophile. Cela est vrai des longues périodes antérieures à l’écriture. Cela le reste ensuite. Malgré le discours sur la mort, qui abonde depuis qu’il y a une écriture, et donc une littérature (d’abord sacrée), l’image reste le mode d’expression le plus dense et le plus direct devant le mystère du passage. Elle retient quelques-uns des sens obscurs, refoulés, que l’écriture a filtrés. Voilà pourquoi elle nous émeut si profondément »

Une analyse des Images (Roger Chartier, Libération)

Extrait de l’article de Roger Chartier "Ariès et la mort dans le miroir", Libération, 7 novembre 1983

« (…) refusant de donner un simple album d’illustrations commentées, où les légendes auraient repris à la lettre le texte de son précédent livre, Ph. Ariès a voulu construire un ouvrage original, sans doute le premier chez les historiens à traiter ainsi les images. Leur succession y obéit, en effet, à un ordre qui n’est ni chronologique ni thématique mais emprunte à certaines techniques cinématographiques pour jouer avec les durées, empilées, brisées, enjambées : ainsi les nombreux retour en arrière qui permettent de dérouler l’un après l’autre les fils de chronologie parallèles ou de reprendre une histoire interrompue, ainsi les séquences en accéléré qui ne font d’arrêts sur l’image qu’aux moments décisifs d’une évolution, ainsi les plans où, d’un seul mouvement, l’œil balaye des objets idéalement rapprochés – par exemple les différents types de tombeaux entre 11e et 18e siècle – ou les divers mobiliers funéraires des cimetières en plein air des temps mérovingiens à l’âge romantique. »

Auteur Guillaume Gros - mis en ligne le 6 novembre 2011 - réactualisation : 12 novembre 2011


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